LE HAVRE DE L’ART (1)

En pleine saison estivale, la cité normande accueille l’art dans la rue et sur les quais pour la troisième édition de la fête qui commémore la naissance de la ville, il y a 500 ans

2. Fabien Merelle, Jusqu'au bout du monde, Un été au Havre, 2018I
Fabien Mérelle, Jusqu’au bout du monde, « Un été au Havre », 2018.

On sait que la construction d’un nouveau musée peut changer l’image d’une ville et influencer son économie. On cite toujours l’exemple du Guggenheim à Bilbao mais, depuis quelque temps déjà, l’art présent dans les lieux publics contribue aussi au changement. Rien qu’en France, de Lille à Toulouse en passant par Bordeaux, Lyon, Amiens et Annecy, la liste s’allonge, et la période estivale est particulièrement propice à l’éclosion de nouveaux projets. Le Havre en fêtant les 500 ans de son histoire en 2017, ne savait pas qu’elle allait reconduire les festivités. C’est dorénavant chose faite et toujours avec Jean Blaise aux manettes en tant que directeur artistique de la troisième édition. Un fin connaisseur, en somme, puisque, depuis près de 30 ans, il agite la vie culturelle nantaise. C’est lui le chef d’orchestre du faramineux « Voyage à Nantes » qui électrifie la métropole des pays de Loire.

La plage du bout du monde

Du côté du port normand son intervention tient la corde et le promeneur a tout le loisir de découvrir aussi quelques-unes des installations des années précédentes. Les havrais en effet, à la fin de chaque été, se prononcent pour maintenir ou non les pièces appelées à intégrer alors la collection permanente. Sous le signe de cet exemple de démocratie artistique participative, la visite peut commencer sans oublier que le b.a.-ba de tout œuvre dite « in situ » doit au moins répondre au contexte du lieu dans laquelle elle est placée. Règle minimale qui, dans le cas de la cité portuaire, exige de tenir compte de l’architecture très particulière en béton armé d’Auguste Perret qui a présidé pendant près de vingt ans à la reconstruction du centre-ville détruit lors de la Seconde Guerre mondiale. En guise de rappel des versions précédentes, on choisira la double arche monumentale de Vincent Ganivet posée sur le quai de Southampton, composée de containers multicolores, qui renvoie à la fois aux éléments du transport maritime et à la structure rectangulaire des constructions de Perret. Quant à la sculpture de résine blanche de Fabien Mérelle représentant un homme portant sa fille, elle frappe non pas tant par sa hauteur, 6 mètres, que par sa situation. Car le totem campé en bord de mer se trouve à un endroit précis de la périphérie havraise, sur la plage du « Bout du Monde » à Sainte Adresse. Quel délice que la rencontre de ces deux termes, Il convient de goûter ce quasi oxymore, pour se demander ce que regarde, à partir de cet endroit insolite, cette double figure qui, par bien des aspects, ressemble à une vigie postée sur le rivage.

3. Henrique Oliveira,Sisyphus casemate. un été au Havre, 2019
Henrique Oliveira, Sisyphus casemate, « Un été au Havre », 2019.

Bon, mais la mouture 2019 ? Avouons nos préférences, et mettons en tête de liste de notre podium personnel l’écossaise Susan Philipsz et le brésilien Henrique Oliveira. Ce dernier a investi la casemate d’un ancien fort sur les hauteurs du Havre devenu un jardin botanique. Un immense arbre déployé au sol, recomposé à partir de contreplaqué, de papier mâché, de colle et de branches trouvées dans une forêt proche, envahit tout l’espace. Ses racines s’imbriquent à ce point dans le mur que l’on a l’impression qu’il a poussé sur place. Comme un écho lointain à la ville basse, ce fossile végétal emmuré s’enkyste littéralement dans le plan urbain de Perret. Son titre d’ailleurs, Sisyphus Casemate, souligne cette insistance obstinée de l’organique qui se rappelle à notre bon souvenir dans nos villes minérales. Aux antipodes des effets d’image, Susan Philipsz, dans l’église St Joseph, toujours réalisée par Perret, et dont l’immense tour lanterne domine le port, a créé la partition musicale d’un univers évoquant le son des cornes de brume. La respiration de ces quelques notes suspendues relie ainsi le sanctuaire à la pulsation du trafic de l’estuaire. Cette évocation constitue la meilleure des introductions au parcours qui réserve bien d’autres surprises. En guise de conclusion, citons le travail de Nils Völker au fort de Tourneville. Sacs à ordures et boules de plastique colorées se gonflent et se dégonflent, s’ouvrent et se ferment au rythme de la programmation des moteurs qui en contrôlent le flux. Ce qui nous reconduit de manière inattendue vers le balancement de la houle et l’air du large. Ultime occasion aussi de signaler les personnages en céramique de Stephan Balkenkhol qui hantent le cadre des baies habituellement vides des façades Perret. Comme quoi, le flâneur qui emprunte, cet été, le chemin de la côte normande, a toutes les chances de sillonner le Havre de l’art.

©BR

« Un été au Havre » Jusqu’au 22 septembre 2019. RDDM

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