LA ROBE BLANCHE

Ce livre se fraie un chemin dans le fracas de la vie de Pippa Bacca. Cette jeune artiste italienne qui, au début de mars 2008, avait décidé de rallier Milan à Jérusalem en auto-stop, revêtue d’une robe de mariée, et qui sera assassinée dans les environs d’Istanbul à peine un mois après son départ. Mais ce n’est pas l’intention de la jeune performeuse, soucieuse d’apporter un message de paix dans ces régions traumatisées par la guerre, qui intéresse l’auteure mais bien plutôt la démesure de ce voyage et son échec. Comment comprendre en effet le geste excessif de « cette mariée sans mari » se lançant sur la route des Balkans sans penser à la fin terrible qu’un tel programme contient en germe, comme l’annonce feutrée d’une promesse de calvaire. En guise de miroir à cette difficulté de rendre compte, la narratrice intègre dans son récit une demande faite par sa mère. Cette dernière réclamant que sa fille reprenne les pièces d’un dossier de divorce l’accablant injustement. Les deux fils vont se nouer et se dénouer sans cesse comme si l’un ne pouvait pas exister sans l’autre et que pour exposer l’acte de Pippa Bacca il fallait passer par le contrepoint d’une relation plus intime. Car finalement dans l’un et l’autre cas, il s’agit de réparer une situation, de remédier au désamour. Réparation certes mais sans crier justice, il s’agit davantage de mettre patiemment des mots sur un visage disparu, de faire en sorte que le corps blessé ne sombre pas dans l’anonymat de ses souffrances. D’une certaine façon nos insuccès nous rendent vivants, mais pour le percevoir, il faut être à même d’écouter les perturbations du monde. A cet égard, la visite par la mère et la fille du laboratoire souterrain à bas bruit, enfoui à 500 mètres de profondeur dans un tunnel du Plateau d’Albion, en fournit peut-être la métaphore. On y entend dans le silence des abîmes le bruit de la terre. « Lieu idéal – ajoute Nathalie Léger- pour détecter l’apparition idéale de ce que l’on appelle un événement rare. » Une manière aussi d’exposer la singularité d’un destin qui luit comme une question lancinante au fil des pages.

©BR, RDDM  dec.21018-jan.2019, La robe blanche, Nathalie Léger, P.O.L /144 p.

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