VENISE

REGARDER DE LOIN

Les rues tournent et retournent. La carte ne convient guère. Un brin de précipitation et l’adresse disparaît. Certaines calle finissent en impasse et revenir sur ses pas n’est pas souvent la réponse appropriée. Il faut faire comme les ponts, le gros dos, monter puis redescendre ou le contraire.  On prendra avec le vaporetto la leçon de l’eau, circuler sans jamais s’arrêter. On peut décider cette fois-ci de rencontrer la Sérénissime, à la périphérie des chevaux de la place Saint-Marc et d’en apprivoiser la vue à partir de ses marges.  Profiter ainsi de l’ivresse du tricotage urbain qui n’en finit pas de nouer l’envers et l’endroit de nos progressions fugitives. Le seul moyen de ne jamais sortir du labyrinthe, c’est de résister à l’appel de tous les signes qui vous ramènent immanquablement dans le sillage de la basilique.

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Rester dans le lacis de ruelles, c’est se laisser bercer, happer par tous les détails fourmillant le long des rios. Les puits ponctuent le parcours du promeneur comme les cheminées entonnoirs en plein ciel scandent le rythme des toits. Ou encore abandonnant toute destination précise, filer à la suite des trainées de rouge et de noir gorgées d’humidité qui par endroit s’éparpillent sur les murs. Ces moisissures liquides nappent les marches englouties des palais affaissés se répétant en d’immenses refrains sur le parcours sinueux du grand canal. Les occasions de s’écarter de la célèbre Piazza ne manquent pas. Via le vaporetto la solution de San Giorgio Maggiore s’impose. L’ile dans la mire de San Marco permet de se maintenir au large. Tout à loisir et sans hâte, on bénéficie de la distance au ras de la lagune et de la hauteur car le campanile de l’église accorde au visiteur un vaste panorama qui s’ouvre au loin sur la mer et offre une vue plongeante sur le palais des Doges. On prolongera cette mise à l’écart en passant sur la Giudecca, mince bande de terre voisine, souvent absente des plans de la cité lagunaire. L’atmosphère y est particulière, les gondoles n’y accostent guère, les espaces y sont plus réservés et les jardins reclus dans leurs murs. Protégé des regards, à proximité de l’architecture palladienne du Redentore, le verger des franciscains ignore Venise et regarde vers le sud. Avec un peu de chance, le frère portier qui vous accompagne lors de la visite n’a rien d’un dévot recuit et tout en vous parlant de ses oliviers, il vous montre un semis d’ilots habités ou abandonnés. Alors, dans les confins solitaires de la cité, on réalise que la Venise des eaux a tendance à faire oublier la Venise insulaire. De toutes les façons, prendre le large renoue avec l’aventure maritime de la ville portuaire et la regarder de loin accentue la teneur alcoolique de la boisson visuelle qu’elle nous propose encore de bonne grâce.

Bertrand RAISON

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