MOURIR PUIS SAUTER SUR SON CHEVAL

Au départ de ce récit, deux entrefilets de la presse anglaise rapportant le suicide de Sonia. A, artiste espagnole de vingt-trois ans, morte au pied d’un immeuble londonien, le 3 septembre 1945. Hormis l’évocation de cet effondrement dans les carnets du poète égyptien Georges Henein, il ne reste quasiment pas d’autre trace de celle qui, par un matin d’été, s’est dévêtue avant de se lancer dans le vide. L’auteur lui même avoue qu’il ne sait « d’elle à peu près rien, des bribes et ce ne sont ici que fantaisies, brûlures de contes pour enfants. » Et très justement, ce sera un conte, une fantaisie brûlante. Elle commence par son titre emprunté au dernier vers d’un poème d’Ossip Mandelstam insistant sur le paradoxe d’une fulgurante résurrection. D’ailleurs, certaines traductions proposent « … et puis sauter d’un bond sur son cheval »[1] tant le rétablissement instantané s’impose. Cette précision pour indiquer que l’acte de Sonia. A s’inscrit dans l’ombre portée de ce vers et que son histoire concerne moins sa fin que sa métamorphose. Ce choix sera porté et chanté par les deux pages en italique de l’ouverture qui n’accordent rien à la chute mais tout à la course hallucinée d’une montée des marches. David Bosc note « …elle ascensionne, gire et vire sur le premier palier, elle est plus nombreuse que jamais. » Sa vie qu’il imagine à travers le manuscrit d’un journal retrouvé entre les lignes d’un mauvais roman français retrace les différentes séquences d’un appétit inassouvi de liberté. Dans les ruines de Londres, Sonia. A cherche la transformation, la multiplicité des langues et tente « d’abattre les cloisons entre les espèces ». Refusant l’identique elle vise la mutation, un état intermédiaire entre l’homme et les animaux. Oui, prendre le pari de l’ascension, l’envol de l’oiseau. Or, si ce tour de magie a malheureusement échoué, le lecteur, lui, a la chance d’être happé par l’incendie magique de l’écriture.

©BR.RDDM, mai 2016. Mourir puis sauter sur son cheval.David Bosc, Verdier ⁄ 96 p.

[1] La traduction de Henri Abril (Les cahiers de Voronej, 1935-1937, les éditions Circé, 1999) est sensiblement différente. « Se noyer puis sauter d’un bond sur son cheval » remplace « Mourir et puis sauter sur son cheval. » Cette version correspond au contenu du poème qui cite Tchapaïev , le héros soviétique qui se noiera dans le fleuve Oural. Un épisode célèbre que l’on retrouve dans le film éponyme tourné par les frères Vassiliev en 1934.

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