LAURENT LE BON, L’ART À REBROUSSE-POIL

En pleine tempête médiatique après l’éviction rocambolesque d’Anne Baldassari, présidente du Musée Picasso, c’est Laurent Le Bon qui, à 45 ans, prend les manettes d’une institution submergée par les rumeurs et les vrais faux scandales. Le nouveau venu aura fort à faire pour rassurer le personnel et remettre la barque dans la bonne direction. Après cinq ans de travaux, l’hôtel de Salé qui abrite les œuvres prestigieuses du peintre andalou dans le quartier du Marais rouvrira ses portes le 24 octobre prochain. D’ici là, pas de déclaration, la présidence joue l’apaisement, elle attend fin septembre. Certains s’étonnent de voir un non spécialiste de Picasso prendre les rênes de la maison mais la majorité de la profession lui voue une solide admiration. Le patron d’Orsay, Guy Gogeval, n’hésite pas à dire qu’il est un des meilleurs et son palmarès en tant que commissaire d’exposition parle de lui même. Sous des airs très comme il faut presque ancienne France, on le sent agité par son métier. Amateur de bons mots, il développe un amour immodéré pour les sujets les plus divers. Des nains de jardin qu’il expose à Bagatelle au château de Versailles où il montre Murakami, Koons et Veilhan, son éclectisme suscite quelque réserve. Homme pressé, il ne se laisse pas démonter par la critique. Mais le rebelle sait aussi piloter les grands projets. Il dirige notamment l’antenne du Centre Pompidou à Metz de 2010 à 2014 en multipliant les expositions temporaires ébouriffantes. Ainsi « 1917 » est-elle conçue en partenariat avec le ministère de la Défense. Un char et des objets créés par les soldats de la Grande Guerre cohabitent avec les productions artistiques de l’époque. Ce voisinage formidable, stimule le regard, fait surgir des liens inattendus. Les visiteurs ne macèrent plus dans la contemplation esthétique, ils respirent l’air du large. Avec Laurent Le Bon et la nouvelle génération de conservateurs on peut espérer que les musées vont devenir les lieux alternatifs de la culture numérique. Les rares espaces ou les amateurs peuvent découvrir les joies concrètes de l’expérience. Confinés il y a trente ans dans la poussière ne voilà t-il pas qu’ils affichent aujourd’hui des ambitions révolutionnaires. Souhaitons donc longue vie au couple Picasso-Le Bon.

Bertrand RAISON Palace Costes N° 54 9-10 2014

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