FONTANA, À LA CONQUÊTE DE L’ESPACE

Lucio Fontana (1899-1968), icône de l’art du vingtième siècle, identifié aux Tagli, ces somptueuses toiles fendues des années 60, est curieusement méconnu. L’histoire de l’art pas plus que le marché ne lui conteste sa place de visionnaire mais rançon de la gloire ou pas, on ignore le plus souvent  l’incroyable production de cet artiste prolifique. Il a, sa vie durant, inlassablement exploré sous forme de série, sans jamais les abandonner en cours de route, une diversité de champs d’expression, mettant joyeusement à bas les frontières séparant la figuration de l’abstraction. Sculpteur, céramiste, peintre, créateur des premières installations in situ, il travaille aussi bien le néon dès 1951 sans pour autant négliger les commandes d’art funéraire et religieux ni les projets de décoration intérieure. Enfin dit-on chaque dimanche, ce milanais, né en Argentine, dessinait d’après modèle des nus expressionnistes.

Bref, il y a au moins trois bonnes raisons de se rendre au Musée d’art moderne : 1) L’ampleur de la rétrospective qui donne à voir la richesse et la variation inédite d’un parcours étonnant. 2) Le caractère peut être sans lendemain d’une telle présentation, car le coût prohibitif  des prêts empêchera sûrement le retour des œuvres jalousement gardées par les collectionneurs italiens. 3) Et fin du fin : la possibilité offerte d’observer de près, le spatialisme, ce mouvement promu par Lucio Fontana qui fut une des grandes commotions de l’art moderne mettant sous influence jusqu’à aujourd’hui des générations d’artistes.

En héritier direct du Futurisme italien célébrant au début du siècle dernier  le progrès et la vitesse, le spatialisme, à partir de 1947,  dans le contexte de la conquête spatiale, allait lui aussi revendiquer l’abandon des genres traditionnels d’expression au profit de l’expérimentation. La toile fendue ouvre sur la troisième dimension, elle est  à proprement parler une sculpture dans l’espace.  L’entaille fit couler beaucoup d’encre. Certains y ont vu la destruction du tableau, l’affirmation d’un art minimal triomphant alors que Fontana recherchait surtout à sortir le tableau de son cadre, sorte de méditation sur la gestation de cette obstination. Réflexion continue puisque des années 50 à la fin, l’œuvre apparaît comme une immense variation sur la déchirure et la lacération, l’ombre portée en somme d’un spatialisme plus physique que philosophique.

Bertrand RAISON

Lucio Fontana. Rétrospective, 25 avril- 24 août 2014.Musée d’Art Moderne

Palace Costes N° 51 Février/Mars 2014

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