ERWIN BLUMFELD, GOÛTEUR D’IMAGES

Le parcours  d’Erwin Blumfeld (1897-1969), photographe impénitent, se lit comme les chapitres d’un roman mouvementé. Cet infatigable expérimentateur à la poursuite des saveurs de l’instant écrit, dans sa scintillante autobiographie, Jadis et Daguerre qu’il a toujours  été « fermement décidé  à montrer à la lentille, une représentation de la vie excitante, forte et belle ». Et, en effet, tout va très vite pour ce berlinois de naissance qui découvre à l’âge de dix ans les charmes magiques de la chimie photographique dans le cabinet de toilette de ses parents. Sa première composition, sorte de nature morte  ou l’on retrouve pêle-mêle, un exemplaire de la Bible illustrée par Gustave Doré, le Moïse de Michel Ange et une pomme de terre à moitié épluchée flanquée d’une brosse à dents, sera, dit-il, le modèle des photos publicitaires que quarante ans plus tard l’industrie américaine lui achètera à prix d’or. En attendant, il s’entiche du mouvement Dada poursuit son éducation artistique, dessine, multiplie les collages et les photomontages.  Rattrapé par les cauchemars de la Première Guerre mondiale, l’ambulancier qu’il est devenu transporte les cadavres et tient les comptes d’une maison close gérée par l’armée.

Sorti vivant  du cataclysme, il se rend à Amsterdam, se marie et tient un magasin d’accessoires pour femmes dont il transforme l’arrière boutique en studio photo. Ses clientes posent pour lui. Dès 1935, l’Allemagne ne livrant plus la matière première indispensable à la bonne marche de la maroquinerie, sa boutique fait faillite. Il ne lui reste plus d’autre solution que de devenir photographe. Belle opportunité, qui après plusieurs expositions, lui ouvre le chemin de Paris et du monde de la mode. Grâce à Cecil Beaton, admirateur de son travail, le voilà embarqué dans l’aventure française de Vogue. De cette période date la vertigineuse photo de Lisa Fonssagrives défiant les hauteurs de la Tour Eiffel.

A peine signe-t-il un contrat  avec le Harper’s Bazaar, que la guerre encore une fois le renvoie aux tumultes de l’histoire. Allemand, donc indésirable en France, il se retrouve interné, parqué au milieu des barbelés. Au bout d’un  périple haletant, en ayant connu une courte période de détention au Maroc, il parvient enfin, en 1941, à rejoindre New-York avec toute sa famille. Là, les années fastes commencent. Il devient un des photographes de mode les mieux payés créant plus d’une centaine de couvertures pour Vogue, Cosmopolitan, Life, etc. Fort de ce succès, il passe à la publicité et met son talent au service de l’Oréal, Elisabeth Arden, Helena Rubinstein. Un trajet exceptionnel que l’exposition du Jeu de Paume s’attache à dévoiler en présentant l’insatiable curiosité d’un photographe qui regarda son temps avec la patience du graphiste, exemple dont Richard Avedon et William Klein retiendront la leçon. Mais, c’est surtout le portraitiste qui émerge, celui  qui tourne autour du visage, à la recherche d’une saveur précise comme si finalement l’image aussi avait un goût et en était le récit.

Bertrand RAISON

Erwin Blumenfeld (1897-1969) Photographies, dessins et photomontages 15/10/2013 – 26/01/2014. Jeu de Paume

Palace Costes N° 50 novembre-décembre 2013

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