L’ART INSTABLE

« Dynamo, un siècle de lumière et de mouvement dans l’art, 1913-2013 », tel est l’intitulé de la dernière exposition du Grand Palais. Un titre ambitieux à la mesure du nombre des œuvres exposées. Pas moins de 150 artistes attendent le visiteur de pied ferme répartis sur la totalité (une rareté) des galeries du Grand Palais.  Un parcours athlétique sur deux étages à la mesure de la soif grandissante des amateurs qui vont, n’en doutons pas, battre encore des records d’affluence. Mais il y plus, à travers le thème de la lumière et du mouvement, les commissaires se sont intéressés aux artistes qui profitant de la liberté offerte par l’abstraction ont choisi d’explorer les conditions de la perception plutôt que de déplorer la perte de l’illusion perspectiviste. Et cela commence dès la file d’attente par le brouillard qui, par intermittence, envahit le bassin aux nymphes du square Jacques Perrin. Le ton est donné par cette sculpture de brume réalisée par Fujiko Nakaya. Déjà rien n’est sûr, le bassin s’estompe, les formes divaguent et s’effilochent. Au gré des heures, la fontaine se dissout et regagne provisoirement sa stabilité d’origine.

 

 

 Belle introduction à ce qui va suivre, car à peine le seuil franchi, les néons  de John Armleder (Volte  III, 2004) et les éclats lumineux de Carsten Höller (Light Corner, 2001) bombardent la rétine des spectateurs.  Certains peuvent même faiblir face à cette avalanche de lumière. La tête vous tourne,  rassurez-vous, cette faiblesse bienvenue s’inscrit dans le droit fil d’une présentation qui privilégie l’expérience. Ici on ne cherche pas à célébrer l’image on tente plutôt de défricher les chemins de la vision, on intervient sur les processus en laissant de côté les charmes de la figuration. Il s’agit de se concentrer sur les phénomènes physiques qui mettent en scène l’instabilité du réel par tous les moyens possibles ce qui du même coup oblige le spectateur à s’engager dans l’aventure. Il traverse le maillage du Pénétrable bleu de Soto (1999), s’engage dans le labyrinthe du GRAV (1963) ou se perd dans les miroirs acryliques de Yayoi Kusama (2000-2011). Cet itinéraire n’oublie pas pour autant les pionniers, Giacomo Balla, Robert Delauney, Marcel Duchamp qui, au début du siècle dernier, ont changé le rapport à la réalité. Ces précurseurs ont permis d’ouvrir d’autres champs d’investigation et surtout ont donné la possibilité de  s’affranchir de la domination toute puissante de la représentation. Que cela soit l’art optique, l’art cinétique des années 60 ou les pièces contemporaines de An Veronica Janssens toutes ces œuvres s’attachent à dématérialiser le tableau et ce faisant elles s’approchent de l’insaisissable. Paradoxe réjouissant, cet insaisissable n’a rien de pompeux. Et dernière raison de se réjouir : toute la technique utilisée ne sert qu’à souligner son évanouissement à travers l’aspect éphémère des formes produites. Dernière recommandation : éviter le pas de course pour profiter de toutes les surprises de  la visite.

 

Bertrand Raison

Palace Costes N° 48 juillet-août 2013

« Un siècle de lumière et de mouvement dans l’art, 1913-2013″ 10 avril – 22 juillet 2013 Grand Palais

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