KEITH HARING, L’ART EN DIRECT

Comme Jean Michel Basquiat (1960-1988) dont il était le strict contemporain, Keith Haring (1958-1990) a connu la grâce de la célébrité planétaire avant de disparaître dans l’éclat de sa jeunesse. Doué d’un talent d’improvisation impressionnant, ce dessinateur prolifique a commencé son aventure artistique dans le métro New-Yorkais. De 1980 à 1985, il a réalisé plus de 5000 dessins tracés à la craie blanche sur le fond noir des panneaux en attente de couverture publicitaire,  courant le risque permanent de se retrouver au commissariat,  ce qui  d’ailleurs n’a pas manqué de lui arriver. Mais l’étiquette de graffeur ne lui convient pas plus qu’elle ne convenait à Basquiat, parce qu’il se considère davantage comme un activiste politique qui recherche le meilleur moyen de rendre l’art accessible au plus grand nombre plutôt que de se contenter d’être seulement apprécié par les amateurs d’art. Et puis disait-il, il y a plus de gens qui fréquentent le métro que les musées. Il a arrêté l’expérience dès que les collectionneurs se sont avisés d’arracher ses affiches.

Entre temps, la reconnaissance intervient sans crier gare. Dès 1982, il expose dans une des meilleures galeries de New-York  et en profite pour sillonner le monde et participer à la mise en place de peintures murales à Pise, Barcelone, Chicago, Paris… Très vite, il y a une signature Keith Haring, un vocabulaire qui emprunte à la bande dessinée et aux aplats interconnectés de Dubuffet. Dans le sillage de Warhol, il transforme la pop culture, simplifie les formes avec cette manière bien à lui d’exploiter une série d’icônes récurrentes ou l’on retrouve pêle-mêle des chiens et des hommes sur le qui vive, tous gagnés par l’intensité explosive du trait, par cette dynamique des silhouettes qui déferle sur tous les supports. Artiste nomade, électron libre du marché de l’art, Keith Haring se déplace là où on ne l’attend pas et fidèle à son programme politique, il s’investit. Pas de déclaration tonitruante, juste agir : dans une cour d’école,  sur les murs d’une piscine ou à l ‘intérieur d’un hôpital.  Il suffit d’oser, d’affirmer noir sur blanc que « le crack c’est nul » ou de donner à plusieurs centaines d’adolescents la possibilité de dessiner sur les murs de leur ville ; une collaboration spectaculaire qui intégra, à Chicago, les œuvres des étudiants dans l’immense fresque peinte par l’artiste. Cette générosité déborde à plus d’un titre, elle s’exprime tout aussi bien dans la  volonté d’utiliser les lieux publics que dans celle de se dérober constamment à l’univers strict du musée ce qui était la raison d’être du Pop Shop, ce magasin créé par Keith Haring qui souhaitait que l’on  puisse accéder directement à son univers. Pour prendre la mesure de cet appétit insatiable, on n’hésitera pas à se rendre au Centquatre qui, en collaboration avec le Musée d’Art Moderne, présente les  œuvres grand format et notamment les Dix Commandements, un ensemble monumental rarement montré.

 Bertrand Raison

Keith Haring  « The political Line » 19 avril-18 août 2013 Musée d’Art Moderne & Le centquatre

Palace Costes N° 47 avril-mai 2013

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