REVOIR MANET

 

 

Trente ans après l’exposition éclatante du Grand Palais, le musée d’Orsay revient à Edouard Manet (1832-1883). La rétrospective du centenaire de sa mort avait déjà contribué à dépoussiérer les clichés accumulés autour du grand homme. L’impressionnisme lui collait tellement à la peau que l’on en faisait le chef de file d’un  mouvement avec lequel pourtant, il avait toujours maintenu ses distances. Et devenu le pape de la modernité, le précurseur sublime de la « pure peinture », la critique, sous l’influence de Malraux, l’avait élevé au rang d’un maniaque de la table rase se débarrassant hardiment du passé.  La relecture de 2011, sous l’impulsion énergique de Stéphane Guégan, son commissaire, au lieu de voir dans Manet un « fossoyeur » des valeurs traditionnelles et des grands maîtres, enfonce le clou et s’efforce de rendre le peintre à sa complexité. Les dogmes et les théories qui au nom de la sacro-sainte modernité réduisaient l’artiste aux formules d’un vocabulaire stylistique sont désormais jetés aux orties. Bonne nouvelle voici de l’oxygène pour les curieux et voilà Manet remis dans la circulation de l’époque avec à la clé une meilleure compréhension de l’œuvre et de ses surprises. Et d’abord ceci, le réinvestissement par Manet d’un genre déclaré caduc par les impressionnistes, la peinture d’histoire, la catégorie noble par excellence. Celle qui sera emportée par Gérôme du côté académique de la grandeur antique, mais qui, avec Manet, sera mis au service de l’actualité la plus brûlante (l’exécution de l’Empereur Maximilien, 1867, ou l’évasion du communard Rochefort, 1880). Ambition clairement affirmée, se comparer aux maîtres, aller de l’avant et surtout déclarer la guerre à la routine. Le parcours de l’exposition interroge la tension qui habite le peintre entre la culture romantique d’un Delacroix et l’approche réaliste d’un Courbet ou le naturalisme d’un Zola. Tension que l’on retrouve dans les portraits féminins. Voyez son modèle Victorine Meurent en Chanteuse de rue, sous les formes d’Olympia ou sous les traits de la figure centrale et dénudée du Déjeuner sur l’herbe, ajoutez-y la maîtresse de Baulelaire, Angelina et les femmes du balcon. Remarquez leur insolence, leur pose, leur manière de regarder. Leur beauté s’impose dans le retrait et celles qui hier encore étaient décriées voire ignorées affichent leur troublante présence. Manet bouge encore, c’est bon signe.

 Bertrand RAISON Palace N° 35 avril-mai 2011

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