MURAKAMI, AU PAYS DES MERVEILLES

Devenu un des princes du marché de l’art, grâce à ses innombrables créatures rose bonbon et autres sculptures suaves, Takashi Murakami aime se présenter comme un clown. Facétieux certes, le roi du paradoxe cultive la provocation, il réunit le sérieux et le comique avec des personnages échappés d’une bande dessinée survoltée où les yeux et la bouche seraient les traits dominants de leurs caractères. La star japonaise dont les prix atteignent désormais des sommets exorbitants, ne se reconnaît pourtant pas entièrement dans le caractère joyeusement débonnaire de cette troupe hétéroclite ; il revendique une face plus sombre, un visage moins mignon. Soit, mais la petite PME qu’il dirige (une centaine de personnes) débite allègrement ses œuvres et de multiples produits dérivés tout en aidant les jeunes talents de l’archipel à émerger. Né en 1962, à Tokyo, Murakami a connu en vingt ans une progression fulgurante côtoyant au firmament du succès l’Anglais Damien Hirst ou l’Américain Jeff Koons. Après le scandale de l’année dernière où son univers Manga avait submergé le très classique château de Versailles, Murakami, cette fois-ci plus discret, tel le chat de Cheshire doté de son diabolique sourire, rend hommage à Yves Klein. Revue de  détails.

Radicalité

Les deux protagonistes affichent volontiers leur côté provocateur. Très tôt disparu Yves Klein a fait de sa vie une œuvre à part entière. Chef d’orchestre, judoka, alchimiste, il voulait repousser les limites de l’art tout comme  Murakami qui explore dans tous les sens les arcanes de la culture populaire japonaise bousculant au passage les hiérarchies admises entre le sublime et le vulgaire.

Saturation

Les deux artistes aiment le recouvrement. La pratique du « all over » présente dans les monochromes de Klein trouve ici un écho dans les toiles de Murakami. Des fleurs et des crânes envahissent les surfaces avec une telle densité que l’on se demande pourquoi ils nous regardent avec tant d’obstination.

Couleur

Voici l’objet principal de l’hommage, les deux protagonistes se retrouvent autour de la couleur. Selon Murakami, c’est l’un des éléments les plus importants de son travail aussi il ne pouvait que célébrer le créateur de l’International Klein Blue (ou bleu IKB), la marque de fabrique du peintre judoka français.

Superplat

Inventeur à son tour du concept du superplat, Murakami refuse les états d’âme ou les émotions. Rien donc de moins kitsch car ce qu’il recherche dans la peinture finalement, c’est ce qui nous échappe, clin d’œil surprenant à l’immatériel prôné par Yves Klein.

Bertrand Raison

Palace Costes N° 39  décembre 2011

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