L’ATELIER MATISSE

Henri Matisse. Les marquerites, 1939. Liseuse sur fond noir, 1939
Henri Matisse. Les marquerites, 1939. Liseuse sur fond noir, 1939

Décidément, Matisse monopolise les cimaises de la capitale. Après la très belle exposition du Grand Palais, où le peintre faisait les beaux jours de la collection Stein, le voici à Beaubourg. Retour remarqué au Centre Pompidou, qui, pour la première fois, plus de vingt ans après la rétrospective du MoMA de New-York, revient sur une vision globale de l’œuvre. En effet, le Centre, en 1993, n’avait montré que la période,  1909-1917, de l’artiste. Cette fois, Henri Matisse. Paires et séries,  offre une lecture transversale du motif de la répétition utilisé par le peintre tout au long de son patient travail d’exploration.  Une démonstration inédite qui, reposant sur la confrontation des peintures et des dessins en passant par les papiers découpés des dernières années, nous permet de suivre l’élaboration minutieuse de la pratique de l’atelier.  Proposition particulièrement réjouissante car on donne au visiteur non seulement la possibilité d’admirer mais encore on le met au coeur de la démarche de celui qui aura été un véritable penseur de la forme, un défricheur insatiable de notre modernité.

Vérification sur pièce. Soit, deux vues de Notre-Dame, au printemps de 1914. Même sujet, et format quasi similaire, pourtant tout oppose les deux toiles. La première ordonne la cathédrale autour de la Seine, des arbres et des passants, la seconde gomme l’activité quotidienne pour ne retenir que des lignes et des masses. D’un côté, les nuages, les reflets dans l’eau et les couleurs, de l’autre un fond monochrome bleu d’où émergent les deux tours du monument cernées de noir avec en contrepoint la tache verte d’un arbre. La version descriptive pour reprendre le terme d’un des textes du catalogue écrit par Rémi Labrusse s’éloigne considérablement du tracé schématique de l’église. Deux visions donc de la réalité, deux interprétations qui pourtant s’interpénètrent tant la paire pose la question de leur cohabitation. Toutefois, il ne s’agit pas d’une variation d’un pôle supposé concret à un pôle abstrait, ce qui intéresse Matisse, c’est justement la relation qui les unit, le passage d’un monde stable à un monde instable. C’est ce phénomène qu’il interroge, ces lois du mouvement patiemment circonscrites qui devant nous font flotter Notre-Dame. La paire aux poissons rouges de la même année répond à un dispositif identique, l’extérieur, ici le quai St Michel, reflue au profit d’un intérieur recomposé qui brise les associations normalement admises entre le dedans et le dehors. Mais au-delà d’un thème, la paire rejoint une préoccupation fondamentale du peintre à savoir la fenêtre, cette frontière du regard, dont il a peint et repeint  le monde sur lequel elle s’ouvre et se ferme.

Bertrand RAISON

Palace Costes N°40 février-mars 2012

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