L’IRRUPTION DALI

Réjouissons nous, le Centre Pompidou, après avoir salué Salvador Dali (1904-1989) il y a plus de trente ans, récidive cette année en montrant, cette fois, les différents aspects de cet excentrique incomparable qui se servit des médias avec un art consommé de la provocation et promena en toute liberté son regard sur le monde et ses œuvres.

Ses tableaux les plus connus, des montres molles (Persistance de la mémoire) au Grand Masturbateur figurent en bonne place à côté d’extraits d’émissions de télévision, de projets pour le cinéma et le théâtre. Un portrait à sa dimension où l’on dispose enfin d’une vision panoramique pour embrasser d’un même coup l’homme de spectacle et  le maître de l’ambiguïté visuelle. Ses multiples coups d’éclats et ses apparitions publicitaires dont le fameux « Je  suis fou, du chocolat Lanvin » scandé et proféré avec ce ton dalinien inimitable n’ont pas contribué à l’admettre au panthéon du sérieux. Il est vrai que le vingtième siècle a préféré Picasso à Dali trouvant ce dernier un peu vulgaire. Certains même dénonçaient sa soif commerciale d’ou cet « avida dollars », anagramme accusateur composé à partir de son nom. Il est donc temps, et c’est ce que l’exposition se propose de faire, de réévaluer les réalisations du peintre catalan et d’admettre que ce personnage haut en couleurs avait investi le champ médiatique bien avant Warhol et qu’il fut en matière de performances et d’happenings un précurseur talentueux. Dali revendique aussi bien le génie pictural que la gloire scénique, pas de séparation entre les deux, ils font partie du même programme. Mais laissons parler son journal : Comme mon propre nom de Salvador l’indique, je suis destiné à rien moins que sauver la peinture moderne de la paresse et du chaos. Avec une telle profession de foi impossible de ne pas croire à sa bonne étoile comme en témoigne son usage de la paranoïa-critique. Méthode ah-hoc qui, schématiquement, permet  de ne jamais être victime de son délire mais de l’imposer envers et contre tout au plus grand nombre. La méthode ne fut pas du goût de tout le monde dont les surréalistes qui, André Breton en tête, s’empressèrent de le radier de leurs membres au cours d’un procès épique. Chassé, il n’en continue pas moins le projet surréaliste consistant à ruiner la réalité. C’était déjà le cas des montres molles (1931), où le temps se dilate dans l’espace, et coule dira-t-il, comme un fromage. C’est aussi vrai, bien après son expulsion du groupe, avec cette Madone de Raphaël  peinte à la vitesse maximum (1954) et totalement éclatée sur la toile. Mais outre le brouhaha généré par Dali, on en profitera pour suivre plus attentivement son obsession du détail, ce classicisme à la Vermeer qui, finalement, hante l’œuvre de cet avant-gardiste.

Bertrand RAISON

Palace Costes N° 44 novembre 2012

Dali Centre Pompidou 21 novembre 2012-25 mars 2013

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